Dominique Cuvillier
Réfraction en Ehpad : un État aveugle
- mardi, 24 février 2026
Si les opticiens sont des commerçants du quotidien, ils sont avant tout des professionnels de la vue engagés pour la santé visuelle partout où leur compétence est exigée. À l’instar des Ehpad (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) où 4 résidents sur 10 présentent un trouble visuel non corrigé, selon Les Opticiens Mobiles. L’incursion des opticiens en Ehpad a été établie par un décret du 11 février 2020, permettant aux opticiens d'intervenir directement auprès des résidents afin d'améliorer leur santé visuelle. Cette expérimentation, initialement prévue jusqu’en décembre 2022, a été prolongée une première fois jusqu'en 2024, une seconde fois jusqu'au 31 décembre 2025. Depuis, pas de perspective...
On s’interroge sur le manque de réactivité de l’État englué dans ses contradictions et ses faiblesses, qui semble occulter les actions des professionnels sur le terrain. Il y a pourtant urgence ! Selon les projections de l’Insee, la France comptera 76,4 millions d’habitants au 1er janvier 2070 et la quasi-totalité de la hausse de la population d’ici cette date concernera les personnes âgées de 65 ans ou plus, avec une augmentation particulièrement forte pour les personnes de 75 ans ou plus ! Ce vieillissement inéluctable, qui n’est pas propre à la France, implique de prendre en compte les besoins spécifiques et les solutions dédiées à cette population âgée, un enjeu de santé public pour anticiper les défis de demain avec tous les professionnels impliqués, notamment dans les Ehpad.
Dans l’environnement souvent contraint de ce type d’établissements, les personnes âgées sont parfois en manque de repères familiers (et familiaux !), la mal-vue devient alors une source d’isolement social supplémentaire. L’association Petits Frères des Pauvres parle d’une véritable « mort sociale » pour ces personnes âgées. Une situation choquante et intolérable dans le cadre d’un Ehpad où le confinement psychologique se double d’un inconfort visuel qui conduit à une silencieuse occultation de l’État à soutenir l’implication des opticiens. « Le diagnostic est posé depuis des années et empire sous nos yeux. Pourtant, les pouvoirs publics se contentent de demi-mesures et de bricolages », dénonce Yann Lasnier, délégué général des Petits Frères des Pauvres. La santé visuelle de nos aînés mérite mieux que du bricolage.
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Des promesses, des promesses, des promesses... Les lunettes connectées se cherchent encore
- jeudi, 15 janvier 2026
Le dernier Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas qui a fermé ses portes le 9 janvier dernier a dévoilé une tripotée de lunettes connectées sans réussir à convaincre tout à fait les futurs potentiels porteurs… Pour citer 01net, le média spécialisé dans les nouvelles technologies : « Lunettes partout, révolution nulle part. »
En effet, comme avec les robots humanoïdes qui se veulent des compagnons — limités et maladroits ! — du quotidien, les lunettes connectées sortent difficilement de leur posture gadget. Sur ce marché, la liste d’acteurs et de produits est longue et non exhaustive : Amazon Echo Frame, Vuzix Next Generation, Focals North, Huawei Gentle Monster Eyewear II, Prudensee, Samsung Galaxy Glass, ROG XReal R1, Oakley Meta HSTN ou encore IXI (« les lunettes progressives du futur qui font l’autofocus toutes seules » encore à l'état de prototype, on s’en doute, mais la société finlandaise IXI promet une commercialisation en 2027…) Des promesses, encore des promesses, toujours des promesses qui tardent à ouvrir la voie à un vrai marché grand public même avec des prix attractifs, entre 300 et 1 200 euros, selon le modèle. En précisant que nombre de ces lunettes ne sont pas encore commercialisées en France…
Face à une offre tant pléthorique qu’élastique, de nombreux commentateurs constatent qu’une paire de lunettes connectées semble sortir du lot : les Ray-Ban Meta d’EssilorLuxottica lancée en 2023. Au dernier CES, le géant de l’optique-lunetterie a présenté une nouvelle version baptisée "Display" gonflée à l’IA pour vivre une expérience visuelle la plus performante possible grâce à un nouveau gadget le "Neural Band", un bracelet connecté associé aux lunettes pour naviguer du bout des doigts sur les mondes réels et virtuels. Pas sûr que cet accessoire supplémentaire attrape-geek arrive à convaincre des porteurs de lunettes lambda qui cherchent à s’alléger plutôt qu’à s’encombrer. Être connecté n’implique pas se (sur)charger de technologies.
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Les opticiens en mode IA
- mardi, 04 novembre 2025
Rappelez-vous, nous étions en 2012 avec l’arrivée des premières lunettes connectées, une révolution technologique à la fois fascinante et intrigante, mais finalement inachevée : un flop commercial. Pour autant l’interaction homme-machine via des lunettes demeure un axe de recherche plus que jamais ancré dans le présent et le futur avec désormais l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) qui permet d’interagir avec l’environnement vu et dans le même temps de proposer des fonctions/actions diverses. Dans mon prochain livre, Les lunettes de Sapiens : la véritable histoire de la vue et des lunettes*, je consacre un chapitre entier à l’IA qui, dans le domaine de l’optique-lunetterie, est en passe de modifier l’usage des lunettes et par extension, le métier des opticiens qui ne doivent pas ignorer ce bond technologique en le cantonnant à un usage récréatif.
L'IA générative, qui utilise des modèles d'apprentissage profond pour analyser de grandes quantités de données et générer du contenu en fonction des instructions données par l’usager, entre en force dans les aides visuelles comme AiSee ou Seekr destinées aux personnes malvoyantes pour "voir" des objets proches, reconnaître des visages, décrire des scènes, se déplacer, traduire, etc., le tout de manière autonome. L’IA est alors un cerveau auxiliaire qui, par apprentissage, peut apporter des réponses adaptées aux personnes malvoyantes et non-voyantes.
Interrogé par Sciences & Avenir en juin 2025, Robin Le Gal, cofondateur d'Ezymob, une startup dédiée à la mobilité de tous les publics, constate que « l'IA permet de reproduire tous les traitements d'images que le cerveau réalise ». Il ajoute que l’utilisation de l’IA facilite ainsi la lecture de sigles et d'enseignes dans la rue. « S'il y a écrit "pharmacie" sur la façade d’un magasin, l’appareil va lire "pharmacie" : une fonctionnalité très attendue par les personnes non-voyantes », selon Robin Le Gal. Pour ne pas laisser le monopole de l’IA aux mains d’acteurs qui ne soient pas des spécialistes de la vente de produits en optique-lunetterie, les opticiens ont intérêt à intégrer ces technologies dans leur offre et ainsi élargir leur champ de compétences. EssilorLuxottica, précurseur avec ses Ray-Ban Meta et Oakley Meta pour voir au-delà de la vue avec des contenus audio et vidéos enrichis à l’IA, devraient les y aider, en attendant que d’autres lunetiers et verriers s’emparent du sujet, en bonne intelligence.
* Publié aux éditions L’Harmattan, en libraires le 6 novembre 2025.
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Marché de la seconde main : une occasion à saisir pour les opticiens ?
- mercredi, 11 juin 2025
Un article de Courrier International du 10 janvier 2025 fait état du « boom » du marché de l’occasion : « D’ici à 2030, les ventes de la mode de seconde main dépasseront celle de la fast-fashion. » Une réalité qui questionne le marché du neuf : faut-il s’approprier ce marché ou l’ignorer ? Raúl González, fondateur de la plateforme de mode durable Ecodicta, choisit évidemment l’appropriation ; selon lui, « d’ici à 2030, 80 % des marques de mode auront leur propre plateforme de revente ». L’objectif est de s’engager dans la réduction de l’empreinte carbone de l’économie et dans le même temps de se donner une image vertueuse, tout en profitant d’une nouvelle source de revenus.
Selon un rapport d’Oxford Economics publié en octobre 2024, « la revente a un impact positif sur l’environnement, mais elle a aussi un immense potentiel pour dynamiser une croissance économique durable. » Les experts ont calculé que la seconde main « a contribué pour 7 milliards d’euros au produit intérieur brut de l’Union européenne et du Royaume-Uni en 2023 », tout en créant « 150 000 emplois verts ».
Une aubaine dont souhaitent tirer avantage des enseignes d’opticiens. Krys Group a annoncé en mai dernier le rachat de Seecly, une start-up dédiée aux lunettes reconditionnées. Dans un même élan, Atol est entré au capital de Zac, une société spécialisée elle aussi dans les lunettes reconditionnées. De son côté, le Groupement Optic 2000 (Optic 2000 et Lissac) a été précurseur en 2023 avec son programme Revue « pour encourager la consommation responsable et s’inscrire résolument dans l’économie circulaire ». Il ne s’agit pas ici de proposer une offre de lunettes reconditionnées, mais d’inviter les porteurs à prolonger la vie de leurs lunettes, en les réparant et en les entretenant en magasin.
Si le marché de la seconde main est une opportunité pour les enseignes d’opticiens, qu’en est-il des marques de lunettes confrontées au risque d’une cannibalisation de l’offre entre produits neufs et produits d’occasion ? La représentation associée à l’achat d’occasion a changé : un produit de seconde main apparaît plus qualitatif et durable puisqu’il a déjà connu une première vie, il limite le gaspillage et il est plus accessible financièrement qu’un produit écologique. Face à ce marché de l’occasion en croissance, les lunetiers doivent réagir et s’engager en termes d’écoconception, de matériaux écologiques, de production respectueuse de l’environnement avec des lunettes durables. Encore faut-il que les porteurs soient prêts à en payer le prix. Une étude de Boston Consulting Group (BCG) menée en 2024 montre que seulement 19 % des consommateurs européens interrogés sont prêts à payer plus cher des produits respectueux de l’environnement, un chiffre qui tombe à 11 % en France. La conscience écologique des consommateurs se situe toujours au niveau de leur portefeuille…
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