Les opticiens, leur métier et l’IA… voici les résultats exclusifs de l’enquête IseeOp
Pour mémoire, en mars dernier, IseeOp, le cabinet de conseil et de recrutement spécialisé dans les métiers de santé, lançait une enquête auprès des opticiens sur leurs attentes et leur perception du métier à l’heure où l’intelligence artificielle monte en puissance. Dans quelle mesure celle-ci impactera-t-elle leur profession, demain ? Qu’est-ce qui compte vraiment à leurs yeux, aujourd'hui, en termes de conditions de travail ? 323 opticiens ont répondu ; voici les résultats que nous publions en exclusivité en tant que partenaire média d’IseeOp.
Notez d'abord que dans le numéro de juin-juillet de notre magazine Vision’ère, vous retrouverez le détail des résultats de l’enquête que IseeOp a menée sur l’approche du métier d’opticien à l’heure de l’irrésistible montée en puissance de l’intelligence artificielle. En attendant, voici déjà la synthèse des datas commentées par Romain Lucas, à la tête d'IseeOp.
Le profil des 323 répondants :
Échantillon composé d'opticiens responsables de magasin, gérants, indépendants, salariés, optométristes… Couverture territoriale équilibrée : 27 % en métropole, 27 % en ville moyenne, 23 % en zone rurale, 23 % en zone périurbaine.
Ce qu'il faut retenir :
Le statut qui attire le plus aujourd’hui ?
« L’indépendance progresse, mais souvent par défaut : 147 opticiens sur 323 se projettent indépendants, alors que 162 préfèrent le CDI. Le modèle salarié s’use sans que l'entrepreneuriat ne soit pleinement choisi. Autrement dit, une partie significative de la profession bascule vers l’indépendance moins par vocation que par épuisement du modèle salarié. Disons que l’indépendance devient une issue de secours. »
Les attentes professionnelles ?
« Le salaire n'est plus le premier levier d'attractivité : 191 opticiens sur 323 placent le manque de sens et la réputation au-dessus de la rémunération comme motif de refus d'un poste. Ce qui veut dire que la marque-employeur est devenue le facteur-clé d’acceptation d’un poste. Plus généralement, le critère des conditions de travail globales apparaît prioritaire dans le choix, par un opticien, d'une structure (147 répondants), suivi du planning et de la flexibilité, donc là encore devant le salaire, qui n’arrive qu’en troisième position. »
L’IA, bonne ou mauvaise chose ?
« L’IA divise la profession : à peine 15 opticiens sur 323 considèrent que l'IA va "fortement améliorer" leur métier. À l'inverse, 132 répondants — soit plus de quatre sur dix — anticipent une dégradation ou estiment que l'IA ne changera rien. Le bloc majoritaire (147 répondants) s'inscrit dans une amélioration partielle, signe d'une attente prudente plutôt que d'un enthousiasme. »
Quel rôle pour l’IA ?
« C’est la donnée la plus contre-intuitive de l'enquête : seulement 15 opticiens sur 323 estiment que l'IA va améliorer la qualité du conseil au client. La profession voit principalement l'IA comme un outil de productivité interne (gain de temps + remplacement de tâches = 250 répondants, soit 77 %), pas comme un levier de différenciation auprès du porteur. Un signal fort pour les enseignes et fournisseurs qui chercheront, dans les années à venir, à positionner l'IA comme un outil de relation-client. »
L’IA et la gestion des données, la confidentialité ?
« 294 opticiens sur 323, soit 91 % de la profession, expriment soit des interrogations directes, soit un déficit d'information sur la gestion des données. Seuls 29 répondants déclarent ne pas avoir de préoccupations. À l'approche de l'entrée en application complète de l'AI Act européen [règlementation qui vise à encadrer l'utilisation de l'IA_ndlr], cette donnée constitue un signal d'alerte pour les éditeurs de logiciels métiers, les enseignes et les organisations professionnelles. »
Comment intégrer sereinement l’IA ?
« Le triptyque attendu par la profession est clair : formation (citée par la moitié des répondants), sécurité, cadrage règlementaire. À noter : seuls 44 répondants attendent un accompagnement de leur employeur ou de leur structure. La majorité des opticiens sait qu'elle devra se former par elle-même. »
Un avenir plutôt pessimiste ?
« Parmi les verbatims recueillis à l’occasion de cette enquête sur l’évolution du métier dans les prochaines années, on constate plutôt un pessimisme ambiant. Le sentiment dominant est sombre. Deux grands accusés reviennent : les mutuelles et le risque de remplacement par l'IA. À quoi il faut ajouter une impression grandissante ou redoutée de complexification réglementaire. Notons cependant qu’une minorité combative voit dans le contexte actuel et à venir de possibles points d'inflexion stratégiques et plaide pour une affirmation du rôle de santé de l'opticien, seul réel levier de différenciation et de valorisation d’un savoir-faire professionnel. »
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