"Dérives" du 100 % Santé en audio : les recommandations de l’Académie de médecine
Tout récemment, lors d’une séance publique, l’Académie nationale de médecine a abordé le sujet de la presbyacousie, du point de vue de la santé publique mais aussi, et peut-être surtout, dans une approche d’économie de la santé. Il en est ressorti deux recommandations pour mieux réguler l’offre 100 % Santé en audio et limiter l'effet d'aubaine qu'elle a entraîné et qui pèse sur l'argent public…
Comme elle le fait régulièrement sur des sujets de santé publique, l’Académie nationale de médecine vient de prendre position, après une séance ouverte au public sur le thème de la presbyacousie*, sur « les conséquences préoccupantes » observées en matière de « dérives du 100 % Santé » en audio. Depuis 2021 et l’entrée en vigueur du dispositif dans ce domaine, la société savante, après bien d’autres institutions (Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie, Inspection générale des affaires sociales et Cour des Comptes…), pointe, pêle-mêle, fraudes et escroquerie**, campagnes publicitaires jugées excessives (notamment de la part de certaines enseignes nationales issues de l’optique), multiplication des prescriptions illégales***, renouvellement anticipé injustifié des prothèses au terme de la garantie légale de 4 ans ou encore surappareillage de surdités non invalidantes…
En outre l’Académie s’inquiète du poids économique grandissant de ce dispositif pour la collectivité : « Compte-tenu d’un taux de pénétration d’appareillage croissant et du vieillissement de la population, le coût de la prise en charge par la Sécurité Sociale et plus encore par les mutuelles soulèvera à moyen terme le problème de la soutenabilité de la loi ». Dans ce contexte, deux recommandations ont été formulées par l’instance. L’Académie souhaiterait d’abord la mise en place, post-appareillage, d’une évaluation du service médical rendu. Déjà souhaitée par l’IGAS et la Cour des Comptes dans leurs rapports respectifs de 2021 et 2022, cette évaluation « serait effectuée de façon indépendante sur un échantillon national significatif défini par des épidémiologistes à partir des registres de la CPAM et pourrait se faire sur un questionnaire patient mais surtout sur l’évaluation de l’utilisation de l’aide auditive le plus fidèle pour apprécier l’utilisation, le suivi et l’adhérence du patient ». D’autre part, l’Académie appelle à contrôler les primoprescriptions mais aussi le renouvellement via leur numérisation sur AMELIPro. « Cette mesure, d’ailleurs préconisée par les syndicats ORL, permettrait de s’assurer que les prescriptions sont bien effectuées selon les règles », veut croire l’Académie. Reste à savoir maintenant si les pouvoirs publics prêteront une oreille attentive à ces pistes d’évolution du cadre du 100 % Santé en audio…
* « La presbyacousie, un problème de santé publique et d’économie de la santé » ; séance du 14 avril 2026, disponible en vidéo.
** Pour la seule année 2025, le montant du préjudice de la fraude en audio se monterait à 88 millions d’euros.
** Depuis la création du dispositif 100 % Santé en audio, 40 % des primoprescriptions n’auraient pas été délivrées par des médecins habilités ; or le Code de la santé publique spécifie clairement que « la primoprescription d'une aide auditive ne peut être délivré que par un médecin ORL ou un médecin généraliste ayant suivi le parcours de DPC en otologie médicale. »
Pour voir l'intégralité de la séance de l'Académie sur la presbyacousie et les « dérives du 100 % Santé » en audio, cliquez sur l'image.
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