Partie prenante de la grève - largement suivie - des médecins libéraux qui a commencé en début de semaine, le Syndicat national des ophtalmologistes de France appelle ses membres à se mobiliser le 10 janvier, dans le cadre d’un rassemblement prévu dans la capitale. Le Dr Dedes, président de l’organisation professionnelle, nous explique ce qui inquiète ses confrères…  

Les ophtalmos descendront-ils massivement dans la rue demain, samedi 10 janvier ? En tout cas, à l'appel du Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF), ils sont attendus au Panthéon, point de ralliement de la manifestation parisienne des médecins, qu’ils soient généralistes ou spécialistes. « La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), ainsi que plusieurs propositions portées par des parlementaires, font peser une menace directe sur la médecine libérale et l’accès aux soins. La remise en cause du dialogue paritaire au profit d’une vision autoritaire du dialogue de gestion avec l’Assurance maladie fragilise l’ensemble des modes d’exercice médical », dénonce le Dr Dedes, à la tête de l’instance syndicale. Comme beaucoup de ses homologues dans d’autres spécialités, le représentant des ophtalmologistes refuse certaines décisions adoptées, « de façon unilatérale », dans la LFSS : ce sont des « mesures déconnectées de la réalité du terrain », déplore-t-il. Parmi les sujets concrets de mécontentement du corps médical, on peut ainsi citer la possibilité de réviser sans concertation syndicale certains tarifs, la suppression des remboursements pour les prescriptions des praticiens de secteur 3 (non conventionné), le serrage de vis des dépassements d’honoraires, la pénalisation du cumul emploi-retraite ou encore des contraintes à l’installation… 

Le Dr Dedes craint aussi et surtout que certaines dispositions envisagées puissent affecter particulièrement le fonctionnement des centaines de sites, dits secondaires*, de consultation. Pourquoi ? Il nous l’explique : « En cas de baisse des cotations, les sites secondaires seraient les premiers fragilisés. En effet, si les déplacements des ophtalmologistes libéraux ne bénéficient pas d’aides ou de de primes comme pour les médecins du public. En cas de baisse de cotation injustifiée et unilatérale de l’Assurance maladie, les cabinets vont devoir concentrer les équipements sur les grands sites principaux, ce qui engendrera plus de déplacements des patients. Cette situation menace l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire, alors que les structures de proximité restent essentielles pour les patients et reflètent l’engagement quotidien de la profession. À titre d’exemple, plus de 650 sites secondaires de consultation ont été développés en 2025. En cas de contrainte financière trop lourde, nous assisterons à un arrêt du développement de ces cabinets de proximité et probablement à la fermeture de certains. »

Pour revenir à la mobilisation programmée ce week-end, il est compliqué en l’état de savoir combien d'ophtalmos feront le déplacement pour la manif' parisienne, point d’orgue d’un mouvement qui doit durer jusqu’au 15 janvier au moins. « Il est difficile de prévoir le nombre de médecins qui seront présents, mais les ophtalmologistes semblent motivés. Pour le mouvement du 12, 13, 14 janvier, les estimations en ophtalmologie sont :  au moins un tiers des blocs opératoires et plateaux techniques lourds seront fermés, sauf en cas d’urgence et ''perte de chance'' pour les patients », confie le Dr Dedes à notre rédaction. Le SNOF appelle par ailleurs à ne plus répondre aux demandes de rendez-vous et à ne plus alimenter le Dossier Médical Partagé (DMP). 

* Pour mémoire, un cabinet secondaire repose sur un protocole organisationnel orthoptiste/ophtalmologiste. La patientèle - généralement sans pathologie connue - est reçue par l’équipe paramédicale qui réalise bilan visuel, dépistage et renouvellement d’optique. Dans un second temps, l’ophtalmo interprète les données médicales à distance et, le cas échéant, émet une ordonnance. Les patients qui nécessiteraient des examens complémentaires sont quant à eux reconvoqués, pour une rencontre directe avec le médecin cette fois, garantissant ainsi la continuité du parcours de soins.

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