Des restaurateurs condamnés à réduire leurs jours d’ouverture faute de personnel, des hôteliers qui ne trouvent pas de saisonniers, des hôpitaux obligés de fermer des lits faute d’infirmières et de médecins, des commerces en tension… En France et ailleurs dans le monde, la crise éprouvante du Covid a révélé une envie d’appel d’air chez les personnels exposés au public. Et une grande démission générale. Un phénomène qui n’échappe pas au secteur de l’optique, nombre d’opticiens peinent à recruter des collaborateurs. Notamment des jeunes pour qui la valeur travail n’a pas disparu, elle n’est tout simplement plus au centre de leur existence. Les générations Y (nées dans les années 1990) et Z (entre 1997 et 2010) réclament du sens et de l'éthique dans leur rapport au travail, ils n’acceptent plus les contraintes. Il faut se garder des stéréotypes et des conclusions hâtives, mais ce phénomène touche quand même 30 % des diplômés des grandes écoles, autant pour les professions intermédiaires dans l’infirmerie, le social, les écoles, le commerce, la comptabilité, le management d’équipes sur le terrain, etc.

En janvier dernier, Franceinfo diffusait un reportage sur le Collectif Travailler Moins (CTM) basé à Nantes et promouvant le « détravail » pour « garder une qualité de vie personnelle ». « C'est-à-dire pouvoir faire du sport, pouvoir me préparer à manger tranquillement le soir sans être en speed, pouvoir me libérer du temps pour mes amis, pour ma famille. Ne pas culpabiliser de me dire 'mince, j'aurais peut-être dû accepter plus de patients’ », témoignait une jeune podologue. Travailler moins pour gagner moins, cette génération assume la décroissance, angoissée par la crise climatique et la conscience de la suractivité humaine responsable du désastre en cours et à venir. « Je pense surtout que c'est une génération qui n'est plus du tout prête à sacrifier sa qualité de vie, ses conditions de vie, sa liberté de vie en quelque sorte », tempérait Benoît Serre, Vice-Président de l’Association Nationale des DRH. Repenser la place du travail et son organisation paraît une évidence, il faut aussi revaloriser les savoir-faire, montrer la factualité des métiers. Sans fard, ni trompe-l’œil.

Le métier d’opticien, attaqué par la grande presse et par des politiques en quête de légitimité sociale auprès de leurs électeurs, a souvent été réduit (il l’est encore) à un marchand de lunettes. Une réalité en partie tronquée alors qu’il est aussi un acteur paramédical qui s’affirme comme un relais de terrain incontournable pour la prévention et l’amélioration de la vue. À l’instar des pharmaciens d’officine qui ont démontré leur capacité à développer d’autres missions au-delà de la dispensation des médicaments. À cet égard, la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé a renforcé le rôle du pharmacien d’officine dans la coordination des soins. Un exemple à suivre. Les enseignes et les opticiens indépendants doivent mener une campagne collective offensive auprès des politiques et du grand public pour exposer leurs atouts en termes de responsabilités, de rémunération, d’épanouissement, d’autonomie… Et en mettant en avant comment ils incarnent l’économie de l’attention et de la proximité qui serait le nouvel horizon d’un capitalisme plus éthique, où l’accomplissement humain est la richesse la plus précieuse. Anaïs Georgelin, fondatrice du cabinet de conseil SomanyWays admet que « la vision de la réussite a changé : elle peut être ascensionnelle, comme par le passé. Mais elle peut être plus introspective : les jeunes ont envie de s’épanouir dans et hors de leur travail. Elle peut aussi être transformationnelle, avec l’envie de changer le monde, d’être utile » (L’Obs, 17 mars 22). Aux opticiens de s’emparer des dimensions éthiques de cette économie de l’attention pour attirer leurs futurs collaborateurs en quête de sens et très attentifs à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. En rappelant qu’ils sont aussi des commerçants, pas des philanthropes.

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