Est-ce un tournant pour les lunettes reconditionnées ?
Le reconditionnement fiable des lunettes usagées est désormais une réalité. Il reste à faire évoluer le regard des opticiens - plutôt frileux voire réfractaires - sur ce type de produits mais aussi, et surtout, le cadre règlementaire pour, selon les promoteurs des initiatives autour de la seconde main, passer à la vitesse supérieure en termes d’acculturation et donc de ventes.
Ces dernières années, lentement mais sûrement, le segment de marché des lunettes reconditionnées prend forme, sur fond de valorisation de l'économie circulaire dans le secteur de l’optique. Mercredi dernier, lors d'une table ronde organisée par Les Lunettes de Zac, la société lilloise spécialisée dans la seconde main, et son partenaire-actionnaire Atol, des parlementaires et des représentants d'Ocam ont échangé sur les pistes possibles pour promouvoir au mieux, à l'avenir, cette filière spécifique naissante. La question principale qui se pose, c'est celle de la stabilisation du cadre réglementaire pour permettre aux lunettes conditionnées de changer de statut à tous les niveaux : dans l’esprit des acheteurs potentiels, mais aussi, et surtout, dans celui des opticiens qui n’ont pas encore le réflexe de proposer une offre reconditionnée en boutique. Selon Ophélie Vanbremeersch, la jeune entrepreneuse à l’origine de Zac, toutes les conditions sont pourtant désormais réunies pour un changement d'échelle : « Nous avons posé des standards de qualité, on attend maintenant une visibilité règlementaire », a-t-elle déclaré à cette occasion.
Pour accélérer l’acculturation des distributeurs à ces produits de seconde main, certaines pistes ont été évoquées parmi les participants, notamment par Éric Plat, le président d’Atol qui estime, lui, que le reconditionnement est une chance à saisir pour la réindustrialisation en France : « La seconde main en optique devrait faire partie des 150 grands projets stratégiques identifiés par l’État pour relancer l’industrie dans notre pays », veut-il croire, faisant allusion ici à la feuille de route présentée par Emmanuel Macron mi-avril. Autres perspectives évoquées, la mise en place d’une TVA réduite à 5,5 % au titre des produits reconditionnés ou encore l’application d’un "bonus" incitatif pour les opticiens qui s'impliquent sur ce créneau (un peu sur le modèle de la "prime" qui existe en matière de 100 % Santé). Le sénateur Michel Canévet est partisan, pour sa part, d'une taxation avantageuse pour les dispositifs médicaux reconditionnés : « Cet accompagnement fiscal, considère-t-il, aurait un effet véritablement incitatif ». Pour la députée Agnès Firmin-Le Bodo, éphémère Ministre de la Santé entre fin 2023 et début 2024, la question la plus urgente concerne les modalités, non encore établies, du remboursement des lunettes reconditionnées. À ses yeux, il s’agit du levier le plus important à prioriser : « Sans remboursement, la filière du reconditionné en optique ne pourra pas décoller ». Même opinion pour le député Fabrice Roussel, co-auteur avec Violette Spillebout d’une proposition de loi qui va dans ce sens, c'est effectivement ce curseur du remboursement qui permettra d'embarquer un maximum d'opticiens dans la valorisation de cette offre.
Du côté des mutuelles, dont deux représentants - l’un de M comme Mutuelle et l’autre d’Harmonie Mutuelle - étaient présents à la table ronde, on regarde avec un œil bienveillant ce segment de marché qui coche toutes les cases de l’économie circulaire. Les mutualistes eux aussi estiment que la dimension de la prise en charge est décisive pour créer un cercle vertueux autour de l'offre reconditionnée. L’instauration d’un code LPP spécifique pour les équipements médicaux reconditionnés ou encore l’attribution d’un agrément, sous forme de labellisation par exemple, aux usines ou ateliers qui travaillent, en France, au réemploi en optique, apparaissent également comme des éléments essentiels, selon divers participants, à la structuration durable de ce segment de marché. Bref, il y a encore des choses à faire pour que les lunettes reconditionnées atteignent leur plein potentiel économique... Si le regard de la société toute entière évolue positivement sur les produits d’occasion, le législateur doit encore accompagner ce changement à travers une règlementation qui, sans être un carcan, doit être adaptée sur-mesure.
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