Les opticiens dans la position des horlogers il y a dix ans face aux montres connectées ?
Le 25 juin, dans le cadre de la tournée co-organisée par le COC et le Silmo Next, une conférence a eu lieu sur « l’enjeu stratégique » que vont représenter, demain, les lunettes connectées pour les opticiens. Sébastien Brusset, spécialisé dans la prospective en optique, incite la profession à s’emparer pleinement du sujet pour « se positionner ». Sans quoi le scénario qui a frappé le secteur de l’horlogerie traditionnelle face à la montée en puissance des montres connectées pourrait se rééditer en optique-lunetterie…
C’est en petit comité que s’est déroulée, jeudi soir dernier à Nantes, une passionnante conférence sur « l’enjeu stratégique » que représentent les lunettes connectées et l’IA pour les opticiens. Il s'agissait de la dernière des quatre rencontres co-organisées par le COC et le Silmo Next. Fin connaisseur du sujet - et pour cause, il fait partie du comité prospective du Silmo -, l’opticien Sébastien Brusset a l’oeil depuis des années sur cette problématique qui, selon lui, transforme d’ores et déjà « la nature de l’objet-lunette ». Et par ricochet, forcément, le rôle du professionnel à l'avenir : « L’opticien va devoir réapprendre à se positionner » sur un marché qu’il est certes difficile, pour le moment, d’évaluer économiquement mais qui, sans aucun doute pour Sébastien Brusset, va se consolider à mesure que les usages concrets des équipements s’imposeront.
Après avoir passé en revue les différentes fonctionnalités et types de dispositifs existants à ce jour, l’intervenant a surtout beaucoup insisté sur la légitimité d’intervention des opticiens sur ce créneau. « L’opticien doit devenir un intermédiaire de confiance », sous-entendu entre le fournisseur et le porteur. Des questions restent toutefois poser, et d’abord celle de la valeur ajoutée apportée par l’opticien. Les pistes suggérées par l’intervenant du soir : la maintenance, l’aide à la prise en main (ce qu’on appelle la « paramétrisation » de l’objet-lunette), le conseil lié au confort et à la santé visuelle, l’usage responsable des dispositifs (par rapport aux données de santé qui transitent dans les lunettes connectées, ou s’agissant de la protection de la vie privée, etc.) sans oublier, bien sûr, la mise à la vue…
À l'issue de la présentation, une réaction dans l’assistance a particulièrement retenu l’attention : « Je comprends bien qu’il ne faut pas louper la marche mais vendre des lunettes connectées, moi, ce n’est pas mon métier. Si je dois vraiment en vendre dans mon magasin, j’engagerai alors des informaticiens ou des geeks, en tout cas des gens qui s’y connaissent en objets connectés », a réagi un opticien dans l’auditoire qui, à sa façon, a posé l’épineuse question de la formation. Et l’intéressé de constater que, pour le moment, ceux de ces confrères qui essaient de vendre des produits connectés sont à la peine, car insuffisamment outillés…
Sébastien Brusset a alors ouvert la focale au cas de l’horlogerie pour élargir un peu plus encore le débat. Il y a plus de dix ans, quand Apple a frappé à la porte des horlogers traditionnels pour diffuser son Apple Watch, à l'époque ils l'ont snobé. Avec le recul, ils s’en mordent les doigts car ils sont passés à côté d’un marché énorme, a rappelé en substance Sébastien Brusset. Cette analogie avec le secteur des montres connectées, dont les ventes ont explosé depuis lors, invite donc à se poser la question suivante : face aux lunettes connectées et aux puissants Gafam, les professionnels de l’optique, opticiens en tête, sont-ils dans la même position que les horlogers il y a une décennie avec les montres intelligentes ? Pour Sébastien Brusset, ce scénario dans lequel la tradition s’est braquée contre la technologie n’est surtout pas la voie à suivre. Lui se veut partisan d’un accompagnement du progrès en cours : « L’enjeu n’est pas de choisir entre tradition et technologie, mais de construire une trajectoire cohérente qui accompagne la transformation du monde ». Une question existentielle pour l’avenir du métier d’opticien ?
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