Ehpad : vive réaction des opticiens à domicile aux propos du syndicat des ophtalmos
Le Syndicat national des ophtalmologistes de France a-t-il vraiment pris la pleine mesure de l’enjeu qui existe autour de la prise en charge des résidents en Ehpad ? « Nous sommes stupéfaits par le niveau de réponse et d’imprécision », déplore en tout cas Matthieu Gerber, le président du Regroupement des opticiens à domicile (Road), en réaction aux propos tenus par le Dr Dedes, à la tête du syndicat des ophtas, dans une récente interview ici même, sur fond de publication du décret autorisant l’intervention des opticiens en Ehpad. Dans cette prise de parole qu’il veut la plus documentée possible, le porte-voix des opticiens à domicile entend apporter des éléments factuels au débat, nourris par « les résultats de huit années de travail de terrain »...
« Le Dr Dedes affirme que les résidents en EHPAD non-déplaçables sont « très peu nombreux », en s'appuyant sur 3 cas recensés en un an dans l'ensemble du Nord-Pas-de-Calais via une ESS. Extrapoler 3 cas d'un dispositif embryonnaire à plus de 600 000 résidents nationaux n'est pas un argument, c'est une illustration de l'absence de réponse à l'échelle. Les données issues des études académiques publiées disent autre chose : 84 % des résidents ont besoin d'aide pour se déplacer à l'intérieur même de l'établissement, 67 % n'ont pas eu de consultation ophtalmologique depuis plus de 3 ans, et 57 % présentent une pathologie oculaire non diagnostiquée (CHRU de Rennes, JFO 2021). 40 % des personnes de plus de 78 ans ne portent pas d'équipement adapté à leur vue, chiffre qui monte à près de 50 % chez les personnes examinées sur leur lieu de vie (INSERM, cohorte Alienor, JAMA Ophthalmology, 2018, n=700+). Ce n'est pas marginal. C'est un abandon documenté.
Mais réduire ce débat aux seuls EHPAD, c'est en ignorer l'ampleur réelle. La France compte aujourd'hui 2,1 millions de personnes en perte d'autonomie, dont 66 % vivent à domicile. Auxquels s'ajoutent les résidents de FAM, MAS, USLD*, établissements psychiatriques de longue durée, et les personnes en milieu carcéral : autant de lieux de vie où la barrière au déplacement est identique, voire plus forte. D'ici 2050, ce sont 4 millions de personnes concernées. 97 % des plus de 60 ans présentent un trouble de la vue. Les problèmes visuels non corrigés multiplient par 2 le risque de chute, par 5 le risque de déclin cognitif. Ce n'est pas un sujet d'optique. C'est un enjeu de santé publique et la dynamique d'aller-vers peut répondre à ces besoins.
Sur la téléexpertise : le Dr Dedes cite une thèse indiquant que plus de 50 % des patients âgés nécessitent un examen présentiel, en en déduisant que la téléexpertise est insuffisante. Le raisonnement est inversé. Sans opticien mobile sur place pour initier le bilan, 100 % de ces patients ne sont examinés par personne, c'est ça la réalité. La téléexpertise ne supprime pas l'examen médical — elle le rend possible là où il n'existe pas. Le protocole soutenu par le ROAD le confirme : l'ophtalmologiste seul diagnostique et prescrit, sur la base d'un dossier complet constitué par l'opticien. Aucune ordonnance sans acte médical. Amalgamer ce protocole, validé sous supervision de deux Agences régionales de santé avec un ensemble de parties prenantes, présenté aux Assises de la télémédecine en janvier 2026, avec des plateformes non encadrées est une inexactitude que le ROAD conteste formellement.
Sur les orthoptistes itinérants : le projet DORE, que le Dr Dedès cite comme alternative, reconnaît lui-même dans ses conclusions son principal frein opérationnel, le manque d'orthoptistes disponibles et le fait qu'ils ne peuvent pas se déplacer quotidiennement. Ils exercent principalement en cabinet avec des agendas déjà saturés. Ce n'est pas une solution déployable à l'échelle nationale. Les données convergent par ailleurs sur un point constant : entre 60 % et 80 % des patients ne nécessitent pas de déplacement en cabinet (CHRU Rennes, projet DORE, protocole ROAD). Organiser un transport pour 100 % des résidents afin d'en soigner 20 % en présentiel n'est ni efficient, ni justifié médicalement.
Le législateur a reconnu ce besoin en 2019. Le gouvernement l'a traduit en droit en juin 2026. Le ROAD continuera son travail avec toutes les parties prenantes. »
* Foyer d'accueil médicalisé, Maison d'accueil spécialisée, Unités de soins de longue durée...

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