Accès à une prescription pour les résidents en Ehpad : les ophtas nous répondent
Sur fond d’autorisation d’intervention, depuis peu, des opticiens en Ehpad, nous avons interrogé le Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF) sur la question de l’accès à une ordonnance pour les résidents de ces structures. Si cet enjeu de la prescription est névralgique pour entériner la prise en charge des opticiens sur place, le Dr Vincent Dedes (photo), président du SNOF, y voit plutôt, lui, un faux débat…
Fréquence Optic : La parution du récent décret autorisant les opticiens à intervenir en Ehpad suscite quelques questions, notamment celle de l'accès à une ordonnance en cours de validité pour les résidents... qui souvent ne peuvent que difficilement se déplacer hors de leur structure d'accueil pour consulter un médecin. Que répondez-vous à cela ?
Dr Dedes : Les patients qui ne peuvent pas se déplacer sont très peu nombreux. Nous en recevons tous les jours dans nos cabinets d'ophtalmologie (qui se doivent d'être aux normes afin d'accueillir des patients à mobilité réduite) : nous avons des tables adaptées et du matériel permettant d'examiner de manière équivalente ces patients… Étonnamment, il arrive fréquemment que nous recevions dans un second temps des patients à qui on a vendu un équipement optique inutile ou inadapté en raison de l'état oculaire.
Comment les ophtalmos pourraient-ils, à l'avenir et en l'état actuel de l'organisation des soins, prendre en charge si besoin est les 600 000 personnes en Ehpad ?
Il s'agit là du nombre total [des résidents en Ehpad]. Encore une fois, les patients impossibles à déplacer sont très peu nombreux. Par exemple, dans le cadre des activités de l’équipe de soins spécialisés (ESS) validée dans les Hauts-de-France, nous avons eu trois demandes en un an, pour l'ensemble du Nord-Pas-de-Calais : une patiente oppositionnelle qui refusait tous soins à son domicile ou en cabinet, et deux patients pour qui nous avons géré la problématique du transport sans difficulté.
Peut-on imaginer un protocole spécifique autour de la téléconsultation ? Ou la mise en place d'ophtalmologistes "itinérants" ? Y a-t-il d’autres pistes ?
Il existe déjà des ophtalmologistes essentiellement hospitaliers qui se déplacent régulièrement dans le cadre des GHT [groupements hospitaliers de territoire]. Il existe également un protocole validé avec des orthoptistes formés et habilités à réaliser les examens minimum nécessaires, et lecture à distance par un ophtalmologiste du territoire. D’autres pistes ont été envisagées lors des réunions avec la DGOS [direction générale de l’offre de soins] : appui sur les ESS en cours de développement, bilan pré-Ehpad systématique, prolongation de la durée de validité de l'ordonnance par l'ophtalmologiste ayant vu le patient en présentiel après échange avec le médecin coordinateur… Nous sommes très inquiets de constater que certains acteurs [de l'optique] s'associent à des plateformes de téléexpertise qui posent question, afin de récupérer des ordonnances sans aucun examen médical du patient. Il s'agit d'une population avec de nombreuses comorbidités et pathologies oculaires, et qui plus est souvent en situation de faiblesse. Une thèse menée dans un centre hospitalier a démontré la nécessité d'un examen présentiel pour ces patients âgés : dans le cadre d'une expérimentation de délégation au sein du service d'ophtalmologie de ce centre hospitalier, une orthoptiste a réalisé de nombreux examens cliniques et paracliniques, avec lecture secondaire par un ophtalmologiste du service. Le résultat est clair : plus de 50 % des patient âgés de plus de 65 ans nécessitaient un examen présentiel rapide.

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