Entre pro et anti-interdiction de la publicité en optique, le projet d’arrêté du ministère continue de faire polémique au sein de la filière. Enseignes et industriels s’y opposent vigoureusement, tandis que la Fédération nationale des opticiens de France, seule sur cette ligne, y est favorable et dénonce un « pilonnage de contre-vérités ». 

Le projet d’interdiction de la publicité, sérieusement envisagé par le ministère de la Santé, n’en finit pas de susciter des réactions. Et d’abord du côté des enseignes qui, tour à tour, protestent contre le texte d’arrêté, faisant écho aux arguments avancés par le Rassemblement des opticiens de France (ROF), l’entité syndicale qui les représente majoritairement. Après Krys Group, Optic 2000, Optical Center, le Groupe Afflelou dénonce à son tour « une mesure disproportionnée » qui porte atteinte, selon lui, au « droit à l’information pour les Français ». « Informer les Français sur les produits et les services qui concourent à leur santé visuelle et auditive, c'est le cœur de notre rôle de prévention. Et en tant que commerçants, les opticiens et les audioprothésistes doivent aussi pouvoir communiquer, c'est l'essence même du commerce, déclare ainsi Anthony Afflelou. Ce projet revient à sacrifier tout un secteur pour corriger les pratiques frauduleuses d'une minorité. De plus, cet arrêté fait un lien inexistant entre une prétendue consommation et la publicité pour des produits prescrits », fait valoir le PDG du groupe. 

Le Groupement des industriels et fabricants de l’optique (GIFO) demande lui aussi le retrait du projet d’arrêté. « Les lunettes ne sont ni un produit d'impulsion ni un achat de confort. Elles répondent à un besoin médical validé par un professionnel de santé », appuie le GIFO, ajoutant sa voix au concert de protestations. Et l’instance de souligner à son tour « que l’administration n’a pas établi de lien de causalité entre l’exposition des assurés à la publicité et un éventuel "suréquipement" en optique ». Au-delà de ça, le GIFO estime qu’en cas d’interdiction de la publicité c’est le principe même de prévention en santé visuelle qui serait impactée : « Dans un contexte où les campagnes de prévention portées par les pouvoirs publics restent très limitées, la publicité constitue aujourd’hui l’un des rares leviers de sensibilisation à la santé visuelle du grand public, alors que les troubles et les maladies visuelles restent massifs et insuffisamment pris en charge », s'inquiète l’organisation professionnelle dans un communiqué.

Changement de ton complet, en revanche, du côté de la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF) qui persiste et signe, elle, dans son soutien au projet de suppression du régime dérogatoire dont bénéficie l’optique en matière de publicité sur les dispositifs médicaux. Dans sa dernière newsletter adressée à ses adhérents, le syndicat entend faire valoir « un autre point de vue que celui qui est pilonné depuis une semaine en tombereaux de contre-vérités ». Pointant les éléments de langage des pro-pub et la « désinformation » qu’ils véhiculeraient, Hugues Verdier-Davioud, le président de la "Fédé", tient d’abord à faire une clarification. Non, insiste-t-il en substance, la communication de l’opticien ne disparaîtrait pas du jour au lendemain : les campagnes d'information-prévention « sur l’importance d’une bonne santé visuelle » ne sont nullement remises en cause par le projet d’arrêté, tant qu’elles respectent le cadre légal, assure la FNOF. Et de souligner dans la foulée - piqûre de rappel juridique - que toute publicité sur l’examen de vue « est et restera quoi qu’il arrive, interdite ». Pour la FNOF, l’évolution envisagée de la règlementation consisterait opportunément à « repositionner l’opticien en qualité de professionnel de santé ». Un statut auquel les excès de la communication commerciale portent préjudice, selon le syndicat, depuis trop longtemps : « La santé visuelle est devenue inaudible. Le business occulte le soin ».

Sur un autre registre et toujours à contre-courant des enseignes, la FNOF s’interroge par ailleurs sur la portée économique  réelle de la publicité : « Est-ce que chaque opticien est assuré que les milliers d’euros dépensés chaque mois (en coût direct mais aussi en coût indirect), imposé par sa maison mère, et aux dépens de sa propre trésorerie, ont un retour sur investissement assuré par des ventes qu’il ne ferait pas sans communication ? » questionne Hugues Verdier-Davioud, convaincu quant à lui que les investissements publicitaires, en réalité, fragilisent structurellement le bilan comptable des magasins. 

Pour recevoir les dernières infos, inscrivez-vous à notre newsletter