En cas de suppression de la publicité, les Français premiers pénalisés ?
L’hypothèse de plus en plus sérieuse d’une interdiction générale de toute publicité auprès du public pour les dispositifs médicaux d’optique suscite une forte inquiétude dans les rangs du Rassemblement des opticiens de France. Le syndicat d’enseignes conteste ce scénario dont il craint à l’avance les effets sur la santé visuelle des Français…
C’est un communiqué de contre-attaque que dégaine aujourd’hui le Rassemblement des opticiens de France (ROF), vent debout contre la perspective de voir s’appliquer la suppression de la publicité sur les dispositifs médicaux d'optique remboursés. Rappelons d’emblée que ce scénario n’est encore, à ce stade, qu’une hypothèse ; c'est la préparation d'un arrêté par les pouvoirs publics allant dans ce sens qui pousse le ROF a monté au créneau. Son argument directeur est le suivant : une telle mesure, « dont l’efficacité sur la maîtrise des dépenses d’optique n’est pas démontrée, pourrait, au contraire, pénaliser les patients en limitant leur accès à l’information et leur capacité à comparer les offres. » Pour le syndicat, « une meilleure information permet aux patients d’arbitrer entre les offres, et de choisir l’équipement correspondant à leurs besoins et à leurs moyens ».
Dans cette logique du ROF, la publicité concourt à une saine concurrence. Reprenant les conclusions d’une étude qu’il avait commandée sur le sujet l'année dernière, le syndicat conteste vigoureusement le fait que la communication soit génératrice de surconsommation. « L’optique n’est pas un marché de consommation d’impulsion. L’hypothèse selon laquelle la publicité provoquerait à elle seule une consommation excessive d’équipements ne résiste pas aux données disponibles. Selon une étude menée en septembre 2025 par Gallileo Business Consulting auprès de 3 000 porteurs de lunettes, 92 % déclarent renouveler leurs lunettes avant tout en raison d’un besoin visuel ou médical. Plus encore, 87 % des achats interviennent après l’examen d’un professionnel de santé ayant constaté une évolution de la vue, dans neuf cas sur dix un ophtalmologiste ». Le message du ROF veut ainsi aller contre une idée reçue : non la pub en optique ne se résume pas seulement à une promotion commerciale. Selon l’instance syndicale, elle a d’abord et surtout vocation à « informer, sensibiliser et orienter les patients : importance du suivi visuel, solutions disponibles, nouvelles technologies ou encore prévention ».
Toujours dans son communiqué publié ce matin, l’organisation professionnelle critique aussi la méthode ayant abouti à l’hypothèse d’une interdiction complète de la publicité en optique (mais aussi, rappelons-le, en audio, secteur concerné de la même manière). Absence, en amont, d’étude d’impact « pour mesurer les conséquences d’une interdiction générale de la publicité sur l’accès aux soins, l’information des patients, la prévention, la concurrence », mais aussi et surtout concertation de façade. Le ROF assure que depuis plusieurs mois il a fait valoir auprès de la Direction de la Sécurité sociale, puis à la CNAM, au Ministère de la Santé et à Bercy, « une charte d’engagements visant à définir un cadre clair et exigeant pour la communication en optique ». Mais ces interlocuteurs successifs l’ont-ils seulement prise en considération ? Le syndicat en doute, qui demande que cette proposition « soit réellement examinée ».
Cette charte, veut croire le ROF, pourrait être un outil pour « mieux encadrer les pratiques qui le nécessitent, renforcer le contrôle du respect des règles existantes et sanctionner les abus ». Par abus, par exemple, on entend des communications trompeuses ou excessivement incitatives. « Le ROF ne demande pas moins de règles : il propose de meilleures règles », insiste le syndicat pour résumer son approche. Les pouvoirs publics entendront-ils cette fois l’argumentaire du ROF qui prône un encadrement renforcé ? Réponse le 20 septembre, date à laquelle doit se tenir une réunion qui pourrait - devrait - sceller la décision du gouvernement.
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