Alors que se profilent de nouveaux rassemblements ce week-end, les syndicats d’opticiens, sollicités par la rédaction, livrent quelques conseils pratiques pour sécuriser au mieux son magasin si des débordements venaient à se reproduire. 

Vider le magasin pour dissuader d'éventuels émeutiers

Comme de nombreux commerçants, vous êtes beaucoup à vous poser la question : que doit-on faire pour anticiper au mieux d’éventuels débordements qui pourraient, à nouveau, éclater en marge des manifestations prévues samedi 24 octobre, un peu partout en France ? Contactées par notre rédaction, les organisations professionnelles donnent plusieurs conseils à mettre rapidement en pratique. Commençons par les plus évidents : « Premier réflexe, et c'est le plus important : se rapprocher très vite de sa mairie et de sa préfecture. Sans attendre la veille de la manifestation. Elles connaissent le parcours des cortèges, les zones à risque, et ont souvent des solutions locales à proposer », déclare d'abord Jean-François Porte, à la tête du ROF. « Ensuite, vider complètement le magasin. Plus aucune monture visible depuis la rue, ni optique, ni solaire. Éteindre les lumières. Une boutique vide et sombre attire beaucoup moins le regard. Les casseurs passent vite. S'ils ne voient rien à prendre, ils n'osent pas perdre de temps et vont ailleurs », insiste-t-il également. Il est vivement recommandé aussi de mettre à l'abri les équipements prêts à livrer aux clients, de sauvegarder hors du magasin les fichiers-clients et les données de santé, ranger les ordinateurs et laisser la caisse vide et le tiroir ouvert. Il est essentiel aussi de ne rien laisser devant la boutique : ni stop-trottoir ni chevalet ni jardinière, bref toutes choses qui pourraient servir comme projectile ou bélier. Ne pas oublier non plus de « photographier le magasin et de faire un inventaire daté, c'est la meilleure preuve pour l'assureur », en cas de sinistre, précise encore le président du ROF. Et l’intéressé d'ajouter : « Et surtout, personne ne reste à l'intérieur pour défendre la boutique. La sécurité des équipes passe avant tout. »

"Fumigènes", panneaux de protection, grilles... 

L’installation de générateurs de brouillard, plus communément appelés "fumigènes", peut s’avérer très utile par ailleurs, puisqu’ils empêchent toute visibilité dans le magasin en cas de tentative d’intrusion, tout comme les flashs, suggère à son tour Hugues Verdier-Davioud, de la FNOF. La pose de panneaux de bois, type OSB ou contreplaqué, est également importante : « Les menuisiers sont habitués et savent faire. Un opticien seul n'y parviendra pas. C'est lourd et volumineux, il faut être équipé de matériel et savoir assembler pour que cela soit stable au regard du domaine public ». Jean-François Porte confirme : « Poser des planches, oui, mais avec prudence. Mal fixées, elles abîment et cassent souvent les vitrines. Il faut les monter sur un cadre indépendant, jamais vissées dans la menuiserie. » Toujours sur la question de protéger l’accès au point de vente, le président de la "Fédé" complète : « Les vitrages seront idéalement à retardateur d'effraction, plutôt que simple ou double vitrage, et la porte, comme éventuellement la demi-porte, seront en plus pourvues de gonds anti-arrachement, et de serrures multipoints. » À envisager aussi : « Des ancrages latéraux dans les murs et le stockage de grilles qui peuvent être montées en urgence au besoin. Elles servent là encore de retardateur », recommande Hugues Verdier-Davioud. Ne pas hésiter également, suggère-t-il en plus, à solliciter un architecte (notamment celui de la copropriété) qui « pourra conseiller l'opticien et recommander des entreprises adéquates », par rapport à la structure du bâti dont le local fait partie. 

Recourir à des agents de sécurité ?

Est-il possible - autrement dit légal - de faire appel à des vigiles ? Certains opticiens l’envisagent sérieusement. Et d’abord ceux dont les boutiques sont les plus exposées parce que situées sur les axes empruntés par les cortèges de manifs auxquels risquent de se mêler des émeutiers. « C’est légal, nous répond Jean-François Porte, à condition de passer par une société agréée par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Mais ces agents ne peuvent intervenir qu'à l'intérieur du magasin. Pour les placer devant la vitrine, sur la voie publique, il faut une autorisation exceptionnelle du préfet. Là encore, il faut s'y prendre tôt. Une demande groupée par rue, via l'union commerciale, a plus de chances d'aboutir. Il faut aussi rester lucide : un agent n'a pas le droit d'user de la force, hors légitime défense. Il dissuade le pillage opportuniste, pas un groupe organisé », dit encore le représentant du ROF. Hugues Verdier-Davioud ajoute de son côté : « Le recours à des agents de sécurité n'est, a priori, pas illégal, mais attention au coût et aux responsabilités ». Il suggère vivement de faire relire, par un juriste ou un avocat, tout contrat de recrutement d’un ou de vigiles, et ce « afin qu'à des dommages existants ne viennent se greffer des facteurs aggravants une situation déjà complexe ». Et le représentant de la "Fédé" d’insister par ailleurs sur un autre point, celui du périmètre de l’exercice des agents de sécurité : « Il n'est pas prévu qu'ils mettent leur vie en jeu en cas de dégradation de l'ambiance ou qu'ils restent présents si la force publique fait des sommations ou demande l'évacuation. »

En cas de fermeture volontaire, une indemnisation pour compenser le manque-à-gagner ?

Autre point soulevé par nombre d’opticiens qui pensent fermer leur magasin un jour de manifestation, ce samedi ou ultérieurement : peuvent-ils prétendre à une indemnisation quelconque pour pallier le manque-à-gagner ? Réponse du ROF là-dessus : « Soyons francs, l'indemnisation est très peu probable. L'assurance perte d'exploitation suppose en général un dommage matériel. Une fermeture décidée par prudence n'est pas couverte. Le recours à l'État pour les dommages causés par des attroupements existe, mais les tribunaux exigent de prouver une vraie perte de résultat, pas une simple baisse de chiffre d'affaires », indique Jean-François Porte. À cette même question de savoir si un commerçant peut prétendre à une compensation en cas de bouclage du magasin par précaution, son homologue de la FNOF répond par la négative : « A priori non. Il existe toutefois - mais pas si la fermeture est volontaire et unilatérale - le principe de perte d'exploitation. Mais il faut déjà l'avoir souscrite, ce que la FNOF engage vivement de faire et son application est strictement encadrée », précise Hugues Verdier-Davioud. 

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