Menée avec le soutien de la Fondation Jean-Jaurès et l’analyse de Joy Raynaud, géographe de la santé, la 2ème édition des Cartes de France de l’accès aux soins initiée par Doctolib dresse un panorama de l’accès aux spécialités, à l'échelle nationale et régionale. C’est en ophtalmologie que les délais s’améliorent le plus, depuis 2023. 

Les Cartes de France de l’accès aux soins ont vocation, rappelons-le, à faire le point sur les délais d’attente par spécialité.  Et ce aussi bien à l'échelon national qu'au niveau régional. Pour cette 2ème édition, Doctolib, la Fondation Jean-Jaurès et Joy Raynaud, géographe de la santé, ont élargi le périmètre de l’analyse comparativement à la première édition, en 2023 : aux données de plus de 80 000 professionnels de santé et 234 millions de consultations réalisées en 2025 s’ajoute, pour la première fois, une enquête nationale menée auprès de quelque 8 000 patients. « Cette double entrée, données d’usage et vécu des patients, permet de croiser les délais effectifs d’obtention de rendez-vous avec les ressentis patients face aux difficultés d’accès aux soins », indiquent les initiateurs de l’enquête. Pour l’ophtalmologie (6,5 praticiens pour 100 000 habitants), le délai médian s’établit en 2025 à 21 jours, soit - 4 jours par rapport à 2023. C’est la spécialité dans laquelle l’amélioration des délais est la plus sensible. 

L’étude insiste sur le fait que ce n’est pas seulement la démographie médicale en hausse qui explique cette amélioration de la situation, mais bien une réorganisation structurelle. Et les auteurs de l’enquête de mettre en regard - pour les opposer - les cas de l’ophtalmologie et de la cardiologie : « La densité médicale ne détermine pas seule les délais d’accès aux soins. En ophtalmologie, les délais ont été divisés par plus de deux en huit ans à effectifs quasi constants, grâce au travail aidé et à la réorganisation de la filière. En cardiologie en revanche, la densité libérale a progressé mais les délais s’allongent. Le constat est simple : au-delà de la densité, c’est l’organisation des soins pour dégager du temps médical qui détermine, aussi, l’accès aux soins. »

Notons par ailleurs, sans surprise, que derrière le délai médian national en amélioration, il y a de sérieuses inégalités territoriales. En ophtalmologie, le délai pour obtenir une consultation montre parfois de fortes variations : par exemple, de 5 jours en Seine-Saint-Denis à... 153 jours dans le Gers, soit un rapport de 1 à 30. « Ces écarts ne se réduisent pas à une opposition urbain-rural : ils dessinent des géographies spécifiques à chaque profession, qui rendent les approches par zonage classiques insuffisantes pour appréhender la réalité de l’accès aux soins. Seule constante transversale : l’Île-de-France conserve les délais les plus courts pour la quasi-totalité des spécialités. Ces résultats invitent à dépasser le prisme d’une carte unique des déserts médicaux : adresser les tensions d’accès aux soins exige de s’appuyer sur la géographie réelle de chaque profession », commentent les signataires de l’étude. 

S’agissant maintenant de l’enquête menée côté patients - près de 8000 patients représentatifs des utilisateurs de Doctolib -, elle révèle « l’ampleur des difficultés d’accès au-delà des seuls délais mesurés », peut-on lire dans la synthèse de l’enquête. Il en ressort un renoncement massif, porté par les actifs plus que par les précaires, autant en ville qu’en zone rurale. Concrètement, 63 % des patients ont déjà renoncé à chercher un rendez-vous. « Ce renoncement ne touche pas prioritairement les publics précaires : ce sont les cadres (71 %) et les 25-34 ans (75 %) qui renoncent le plus, davantage que les ouvriers (63 %) ou les personnes sans activité (63 %). L’écart de renoncement entre zones urbaines denses et zones rurales n’est que de 4 points, ce qui invite à dépasser le prisme des déserts médicaux pour appréhender l’accès aux soins comme un défi structurel national », fait observer Doctolib.

Faute d’accès aux soins, de plus en plus de personnes (45 %) "consultent", si on peut dire, une IA conversationnelle pour des questions de santé. Cette sollicitation de l’IA génère des effets contradictoires sur les parcours de soins, comme l’observent les auteurs du sondage : « Ce n’est plus un phénomène émergent mais bien une pratique courante dans les parcours de santé, avec un clivage générationnel de 62 points entre les 18-24 ans (75 %) et les 75 ans et plus (13 %). » L'effet du recours à l'IA sur les parcours de soins est double et contradictoire. D’un côté, 25 % des utilisateurs déclarent avoir consulté un professionnel de santé plus rapidement grâce à l’IA. De l’autre, 18 % y ont renoncé à la suite de son utilisation. « Ces deux effets ne se compensent pas et concernent des populations différentes : l’IA accélère l’accès aux soins pour certains, mais s’y substitue pour d’autres », nous explique-t-on. C’est le cas, clairement, des étudiants : près de 8 jeunes sur 10 s’adressent à une IA pour des questions de santé, et 20 % ont renoncé à consulter un professionnel après y avoir eu recours… La conclusion confirme de précédentes enquêtes réalisées récemment : « Les étudiants cumulent ainsi le taux d’utilisation le plus élevé et le taux de renoncement post-IA parmi les plus forts. »

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