Le projet de suppression de la publicité en optique continue de faire réagir. C’est au tour de Krys Group et de l’Association des Optométristes de France, chacun de leur côté, d’alimenter le débat, au-delà d'ailleurs de la seule publicité.  

Nouvelles réactions au projet de suppression de la publicité en optique qu’envisagent sérieusement les pouvoirs publics. Ce matin, Krys Group intervient dans le débat via un communiqué qui fait largement écho aux positions du Rassemblement des opticiens de France, dont la coopérative est membre. « D’un côté, le gouvernement a transféré 1 milliard d’euros de dépenses vers les complémentaires santé [par décret, fin août_ndlr], avec pour conséquence probable des hausses de cotisations pour les Français. De l’autre, on veut restreindre leur accès à l’information et leur capacité à comparer les offres. C’est une double peine qu’aucune étude d’impact ne justifie », s’émeut Patrice Camacho, secrétaire général en charge de la santé au sein du groupement.

Amplifiant les arguments du ROF, Krys Group conteste le lien que les pouvoirs publics semblent établir entre communication et consommation en optique (ou en audition) : « La publicité ne crée pas le besoin de voir ou d’entendre. En optique comme en audition, les équipements répondent d’abord à un besoin de santé identifié par un professionnel. Interdire la publicité ne fera donc pas disparaître les besoins visuels ou auditifs des Français. En revanche, cela risque de réduire leur capacité à s’informer, comparer les offres, les services et les prix », argue le groupement avec à l'appui les conclusions de l’étude réalisée par Gallileo Business Consulting sur cette question des ressorts réels du comportement d’achat en optique correctrice. 

La veille, c’est l’Association des Optométristes de France qui a pris la parole sur le sujet, avec une approche peut-être plus structurelle de la question. « Cette évolution [la possible interdiction de la publicité] pose une question qui dépasse largement la seule publicité : quelle place souhaitons-nous réellement donner à l’opticien dans notre système de santé ? », s’interroge Thibaud Thaëron. Pour le président de l’AOF, « un encadrement plus exigeant de la communication et de la publicité peut parfaitement s’entendre. Certaines pratiques doivent légitimement nécessiter davantage de contrôle. Mais une interdiction générale ne doit pas devenir une réponse simpliste à des problématiques beaucoup plus complexes », prévient-il. Il souligne une contradiction dans les intentions des pouvoirs publics : « Si demain l’État souhaite rapprocher les règles applicables aux opticiens de celles des autres professionnels de santé, cette évolution doit nécessairement s’accompagner d’une reconnaissance accrue de leur rôle dans le parcours de soins. On ne peut pas demander à l’opticien de renoncer progressivement aux attributs du commerçant sans, parallèlement, lui donner pleinement les moyens d’exercer ses missions de professionnel de santé ».

Le porte-voix des optométristes s’inquiète par ailleurs de ce que toute forme de communication des opticiens puisse être touchée par une éventuelle interdiction. Si, à l'avenir, la pub venait à être effectivement supprimée, qu’adviendrait-il de la sensibilisation et de la prévention en santé visuelle ?, questionne en substance Thibaud Thaëron. Et l’intéressé d’élargir enfin la focale sur le fait que « l’optique française ne se résume pas non plus aux seuls opticiens. Elle s’appuie sur une filière d’excellence, des emplois, des innovations et un savoir-faire français reconnu. Dans un secteur déjà fragilisé, pouvoir valoriser cette richesse et la faire connaître reste essentiel », insiste le syndicaliste.

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