De nombreux rapports alertent sur la dévitalisation des centres villes avec un taux de vacance commerciale qui dépasse les 10 % dans de nombreuses villes moyennes en France. Un déclin qui est à mettre en perspective avec les déserts médicaux que les gouvernements les uns après les autres ne parviennent pas à endiguer. Les grands centres urbains aspirent les populations et l’économie industrielle et marchande. Un constat pas nouveau et en contradiction avec des individus qui réclament/exigent toujours plus de proximité et d’humanité. Les nouvelles générations de professionnels de santé, par égoïsme ou par réalisme, se fixent là où les zones de chalandise sont les plus prometteuses. Même constat avec les opticiens qui s’installent dans des zones de chalandises attractives, on ne saurait les en blâmer.

Pourtant, dans un monde dominé par les avancées technologiques, il est temps de repenser les modèles socioéconomiques actuels pour améliorer la relation client/patient et expérimenter à tous les niveaux, d’autant qu’il n’existe aucune barrière empêchant les changements inéluctables en marche. Si ce n’est la résistance liée au corporatisme et au conservatisme, il est temps d’adopter un changement de mentalité pour permettre de s’ouvrir à tout l’écosystème de l’innovation qui transforme le monde. En décembre dernier, lors du 10ème congrès de la Société française de télémédecine, Myriam Burdin, chef de bureau coopérations et contractualisations à la direction générale de l'offre de soins du ministère de la santé, a promis que 2018 serait une année décisive pour le développement des pratiques médicales à distance, un développement qui « faisait actuellement l'objet d'une volonté politique très forte et personnelle de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et de l'ensemble des parlementaires ». Elle a rappelé le volontarisme gouvernementale pour « répondre à la question du modèle économique de la télémédecine, avec le passage au financement de droit commun des actes de téléconsultation et de télé-expertise réalisés par vidéotransmission, acté par le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour l’année 2018 ».

Une véritable opportunité pour réduire les déserts médicaux, mais aussi pour faire écho aux attentes des patients, pour qui la révolution technologique est déjà entrée dans le quotidien. Un des éléments structurants étant l’usage de la dématérialisation administrative via la digitalisation qui progresse à grandes enjambées, et le développement du e-commerce. La Fédération de la vente en ligne (Fevad) a dévoilé ses derniers chiffres : 37 millions de cyberacheteurs en France en 2017 qui ont dépense 81,7 milliards d’euros soit une progression de 14,3% sur un an. La Fevad anticipe 90 milliards en 2018 et plus de 100 milliards en 2019… « Nous sommes en train de passer dans une société fluide », déclarait Pascal Picq, paléoanthropologue et maître de conférences du Collège de France au magazine Influencia le 6 février dernier. Alors, à quand la transformation digitale des opticiens ?

Il y a urgence car le basculement technologique s’accélère et que de nouveaux entrants vont bousculer les vieilles structures sans autre forme de procès. Sans négliger l’offensive des digital natives totalement en phase avec leur époque et qui ne s’embarrassent pas des corporatismes. Mais bonne nouvelle, selon la dernière livraison de l’Observatoire Cetelem de la consommation 2018, les jeunes générations prennent un vrai plaisir à fréquenter les magasins ; un bémol toutefois, « contrairement à l'ensemble de la population, ils intègrent bien plus le digital dans leurs modes de consommation et souhaitent que les magasins prennent en compte ce volet fondamental », souligne Cetelem. Aux opticiens de faire coexister commerce physique et internet pour inventer une nouvelle proximité « virtu-réelle » et pas simplement avec une tablette en magasin agité comme un gadget. La transformation digitale impose de repenser le parcours de soins pour fluidifier la relation et être au plus proche du client. C’est le moment.

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