Marc Simoncini est un obstiné : depuis 2011, tel Don Quichotte, il continue sa croisade contre les moulins de l’optique qui souffleraient un vent monopolistique néfaste pour les porteurs de lunettes. Avec Sensee.com, il entend apporter une proposition dite alternative accessible qui peine pourtant à convaincre. D’autant que son offre est banale et son concept mal calibré : en 2016, Marc Simoncini dévoilait des montures à 49 € qu’il disait acheter 20 €. « Chez Sensee.com, on a le droit de changer de lunettes comme de chemises », se vantait-il. Ce prix d’appel unique n’a guère alléché le chaland. Exit les lunettes à 49 €, Sensee.com élargit son périmètre avec des lunettes à 39, 59, 99 et 119 €, autant dire aucune différence avec d’autres enseignes qui développent leur marque propre à des tarifs aussi « justes et transparents » : Sensee.com demeure dans la norme imposée par le marché.
Alors, dans l’objectif  de réveiller les consciences et titiller le microcosme, il dégaine ses lunettes à 18 € verres compris supportées par une campagne presse, web et TV aguicheuse plutôt bien faite signée par l’agence Thinkers and Doers. Des lunettes dont il déclare ne gagner qu’un euro… Comment une entreprise non philanthropique peut-elle se vanter de ne pas gagner d’argent, fussent pour des « équipements médicaux » ? Est-ce que ce parti pris social (socialiste ?) va suffire à faire décoller son concept ?
Je suis allé sur le site internet de la marque, les montures optiques à 18 € (seulement 4 modèles minimalistes pour homme et femme contre 23 annoncés dans la presse) sont noyées parmi toutes les autres montures plus chères. « Cette monture, en plastique injecté et teinté dans la masse, a été moulée dans les usines d'Oyonnax, dans le Jura. Les matériaux utilisés sont parmi les plus résistants du marché. Ce procédé de fabrication permet de produire des lunettes extrêmement légères et confortables », peut-on lire à côté de ces montures à 18 €. Etonnement, on trouve la même notice commerciale pour les lunettes à 39 et 59 €… Comment justifier une telle différence de prix entre des lunettes identiques, alors que seule la forme diffère ?
Enfin, pour 18 €, Sensee.com promet deux verres simples foyers, non teintés, non amincis, anti-rayures, monture basique en plastique comprise. Si vous souhaitez des verres amincis, anti-reflets et anti-salissures (le minimum aujourd’hui), la facture grimpe à… 159 € pour des verres simples foyers et 309 € pour des verres progressifs… Sensee.com n’est donc pas le mieux disant rapport qualité prix du secteur : comme la plupart de ces concurrents, il accroche le client avec une offre alléchante pour ceux et celles qui n’ont pas d’amétropie sérieuse et ne s’offusquent pas de porter une paire de lunettes ultra basique et low profil en terme de style.
Toujours activiste dans l’âme et pour élargir son socle de clientèle encore limitée, Marc Simoncini a annoncé récemment, je cite, « un projet retail disruptif » à savoir l’ouverture de corners Sensee.com dans les magasins Fnac qui viendrait compléter son propre réseau encore anecdotique. En test dans deux magasins Fnac, ce « shop in shop » propose des lunettes de lecture, anti lumière bleu et solaires... Là encore, Marc Simoncini ne fait que calquer la démarche de Izipizi (ex-See Concept) qui propose cette typologie de lunettes (lecture, anti lumière bleue et solaires) hors du réseau optique traditionnel avec, entre autres, des corners dans les grands magasins. 
Toujours prêt à évangéliser la grande presse — souvent encline à tirer à vue sur les opticiens —, Marc Simoncini fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose ; il se positionne comme un pourfendeur, mais demeure très convenu dans ses propositions en suivant les valeurs étalons du marché, sans parvenir à créer les siennes propres. Il est décidément plus facile de faire des déclarations de presse tonitruantes que d’apporter une vision véritablement neuve sur un marché…