Dans la continuité de notre publication, hier, des résultats du baromètre Altares sur les défaillances d’entreprises en optique, Thierry Millon, directeur d’études de l’institut, nous apporte un éclairage complémentaire sur la situation particulière des opticiens. 

Fréquence Optic : Comment expliquer que des opticiens dont le chiffre d’affaires est dans le vert, et parfois très solide en apparence, se retrouvent en aussi mauvaise posture ? 

Thierry Millon : Quelle que soit l’entreprise, la défaillance est la plupart du temps d’ordre financier. Un endettement trop lourd, une trésorerie insuffisante, un financement devenu trop onéreux, etc. Une forte activité, donc un chiffre d’affaires important, peut masquer une fragilité financière. Le podium des trois plus gros CA de ce 3ème trimestre est composé de sociétés développant au moins 800 K€. Une a été citée à comparaitre en vue de l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire notamment pour une somme restante à recouvrer par le Trésor public ; des ordonnances d'injonction de payer couraient par ailleurs au bénéfice d’autres créanciers. Bref, gros chiffre d’affaires mais gros impayés. Les deux autres se sont présentés devant le tribunal pour déclarer leur cessation de paiement ; l’une des deux avait elle aussi un lourd endettement fiscal (les trois quarts du passif exigible !).

Pour certaines entreprises en défaillance, y a-t-il un effet fragilisateur à retardement lié à la période du covid ? 

Non, la période de « rattrapage » covid est derrière nous. Les conditions de marché actuelles requièrent des surfaces financières solides pour tenir.

Au vu de la tendance actuelle, la sinistralité en optique pourrait atteindre un niveau record en 2026. Pourriez-vous jeter un oeil rétrospectif sur la dernière décennie ? 

Oui nous ne pouvons pas écarter ce risque ; nous sommes partis pour dépasser 160 défauts en 2026, ce qui serait un nouveau record après les 157 de l'année 2025 [voir ci-dessous la synthèse qui retrace, depuis 2012, l’évolution des défaillances des commerces d’optique_ndlr]

Dernière question : comment se situe l’optique actuellement par rapport à d’autres commerces de détail. Est-ce un domaine mieux ou plus mal loti ? 

L’optique est clairement dans le groupe des activités de commerces de proximité présentant les plus mauvaises tendances en 2026. Sur les neuf premiers mois, le nombre de défaillances de magasins d’optique a bondi de 20 %. Une tendance comparable à celle des supérettes et supermarchés, et des libraires. Les pharmacies sont également dans le rouge mais l’augmentation est deux fois moins lourde (+10 %). Le commerce et la réparation automobile, pourtant chahutés, sont à +8 %. La tendance forte prête à être attentif à la fragilité de quelques acteurs. Les opticiens évoluent dans un marché robuste mais confronté à un net ralentissement de l'activité. Les ventes marquent le pas (consommation des ménages prudente, sensibles au prix du fait d’un pouvoir d’achat contraint), la concurrence est extrêmement forte dans un marché très dense (la croissance se gagne aussi sur des gains de parts de marché locaux) et la pression sur les marges s'accentue.

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